Dette des États : pourquoi elle explose et qui en paie le prix ?

La question de la dette est au cœur des grands enjeux économiques mondiaux. Au CCFD-Terre Solidaire, nous alertons sur ses conséquences pour les pays du Sud et plaidons pour une gestion équitable et solidaire des dettes publiques.

 

Qu’est-ce qu’une dette publique ?

La dette publique désigne l’ensemble des emprunts contractés par un État pour financer ses besoins lorsque ses recettes ne suffisent pas. Cette dette souveraine peut être interne (souscrite auprès d’acteurs nationaux) ou externe (auprès d’acteurs étrangers, cette fois). On parle aussi de financement public par l’emprunt, souvent nécessaire pour couvrir des dépenses vitales : infrastructures, santé ou encore éducation.

 

À qui un pays emprunte-t-il de l’argent ?

Les États empruntent généralement à des créanciers publics ou privés. Parmi eux, on compte :

  • Les institutions internationales, dites aussi multilatérales, comme le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale.
  • Les investisseurs institutionnels privés (banques, assurances, fonds de pension).
  • D’autres États, via des mécanismes bilatéraux.
  • Le grand public, par l’émission d’obligations.

La banque centrale d’un pays peut aussi jouer un rôle dans le rachat ou la détention de titres de dette publique. Les conditions de remboursement (taux d’intérêt, échéances) varient selon les créanciers, ce qui peut fragiliser les États les plus vulnérables.

 

Pourquoi un pays s’endette-t-il ?

La dette n’est pas toujours synonyme de mauvaise gestion. Elle peut être un levier d’investissement à long terme. Un État s’endette souvent pour :

  • Faire face à une crise économique ou sanitaire (comme le COVID-19).
  • Financer des services publics essentiels.
  • Réaliser des investissements structurants pour son développement.

Mais lorsqu’un pays doit emprunter pour rembourser ses dettes précédentes, ou parce qu’il subit une chute de ses recettes, par exemple en raison d’une baisse des exportations, d’une crise sanitaire ou d’une instabilité politique, l’endettement excessif devient un piège.

 

La situation de la dette publique en France

 

Quelle est la dette de la France aujourd’hui ?

En 2024, la dette publique française atteignait 113 % du PIB selon l’Insee, soit environ 3 300 milliards d’euros. En 2025, la tendance reste à la stabilité, bien que la soutenabilité de la dette publique interroge.

 

Qui détient la dette française ?

Environ 50 % de la dette française est détenue par des non-résidents, principalement des investisseurs étrangers. Le reste est réparti entre :

  • La Banque de France, qui rachète des obligations dans le cadre des politiques monétaires de la BCE.
  • Des établissements financiers privés nationaux.
  • Des acteurs institutionnels français.

Cette dépendance partielle aux marchés internationaux peut rendre la France vulnérable aux taux d’intérêt ou aux spéculations.

 

Dettes publiques et pays du Sud

 

Explosion des dettes : un phénomène inquiétant

Selon la Banque mondiale, plus de 60 % des pays à faible revenu sont aujourd’hui en situation de surendettement ou à haut risque. Cette situation est aggravée par la hausse des taux d’intérêt et le renforcement du dollar. Les pays en développement ont remboursé 406 milliards de dollars en intérêts, pour la seule année 2023. Pour eux, le poids de la dette extérieure devient insoutenable.

Endettement des pays du Sud : des causes structurelles

L’endettement des pays en développement résulte de plusieurs facteurs, dont :

  • Des conditions d’emprunt inéquitables et injustes comme des taux d’intérêt bien plus élevés que pour les pays riches.
  • Le manque de transparence dans les contrats et les données sur la dette.
  • Des fuites de capitaux massives vers les paradis fiscaux.
  • Des chocs climatiques ou sanitaires récurrents.

Des conséquences graves pour les populations

Cette situation empêche les États du Sud d’investir dans des services publics de qualité. Elle compromet aussi les projets de transition écologique, alors même que ces pays sont en première ligne face au réchauffement climatique. En effet, rembourser une dette publique élevée empêche souvent les États de financer des infrastructures durables.

 

Ce que propose le CCFD-Terre Solidaire

Face à cette situation, le CCFD-Terre Solidaire milite pour :

  • Un audit citoyen des dettes publiques, notamment illégitimes.
  • L’effacement des dettes insoutenables, dans le respect des droits humains.
  • Une régulation des créanciers privés, pour éviter la spéculation.
  • Le renforcement de la justice fiscale internationale pour éviter l’évasion fiscale.

Jusqu’à présent, quand un pays fait face à une crise de la dette, les décisions se prennent dans des instances opaques dominées par les intérêts des pays du Nord, comme le G20, le FMI ou le Club de Paris. En 2025, des négociations sont en cours au sein des Nations Unies pour instaurer en son sein un mécanisme multilatéral, équitable et transparent, de restructuration des dettes. C’est une réelle opportunité de repenser les règles du jeu, et d’éviter que des pays soient pris au piège du surendettement.

☞ Signez notre pétition pour exiger des solutions face à la crise de la dette des pays du Sud

La dette est bien plus qu’un enjeu comptable : elle touche à la souveraineté, à la justice sociale et à la dignité des peuples. Le CCFD-Terre Solidaire appelle à repenser le système actuel, à alléger les fardeaux injustes et à soutenir les États dans leur droit au développement.

Par Daphnée Breytenbach

Photo de couverture : Gwenn Dubourthoumieu

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Manifeste

Agir sur les causes de la faim plutôt que réagir quand la famine est là

Il est intolérable que plus de 800 millions de personnes à travers le monde continuent à souffrir de la faim.

Régler le problème de la faim est un préalable à la résolution de toutes les autres injustices telles que l’accès à l’éducation et à la santé, la pauvreté…

Nos 60 ans d’engagement contre la faim nous ont appris une chose importante : la faim est comme une maladie, si vous ne soignez que les symptômes, sans vous attaquer aux causes, elle reviendra.

Notre objectif est de permettre à tous de se nourrir durablement de la terre. Car si nous donnons à chacun les moyens de prendre en main son autonomie alimentaire, l’objectif d’un monde sans faim est atteignable.

Le CCFD-Terre Solidaire accompagne des projets mis en œuvre par des partenaires locaux qui refusent de subir et ont choisi d’inventer des solutions pour maîtriser leur destin.

Ainsi depuis 60 ans nous tissons des partenariats avec des associations dans près de 70 pays en développement qui mettent en place les solutions les plus adaptées à leurs réalités locales comme des projets d’agroécologie paysanne et familiale, de protection des droits des communautés autochtones et de la biodiversité…

L’objectif de faire disparaître la faim d’ici la fin de la décennie est à notre portée.

Si nous nous mobilisons tous.

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